Déchets informatiques: Une pollution que l’on ignore encore
Même si les signaux sont loin d’être au rouge, les rebuts d’ordinateurs et autres téléphones mobiles deviennent de plus en plus encombrants. Leur destruction ne se fait pas selon les règles d’art.
Il est courant de voir dans un bureau des rebuts d’ordinateurs parqués dans un coin. Le même scénario se retrouve chez les réparateurs d’ordinateurs ou simplement des importateurs qui n’arrivent pas toujours à tout récupérer de la casse importée d’Europe. Aujourd’hui les pays économiquement riches ont déplacé leur propre problème de pollution informatique vers les pays en voie de développement, à l’instar du Cameroun où la technologie de pointe fait défaut quant aux risques encourus par la population et l’environnement.
Selon une organisme écologiste américain (Basel Action Network), 50 à 80 % des déchets électroniques collectés pour le recyclage en Amérique de l’ouest n’y sont jamais recyclés, mais sont plutôt embarqués dans des conteneurs en direction des pays pauvres. En Europe généralement, les “fouilleurs de poubelles”, ramassent ces appareils et lorsqu’ils ne les vendent pas, font des dons dans divers établissements. C’est ainsi qu’on retrouve aussi bien dans les secteurs public que privé, des ordinateurs provenant des hôpitaux, des universités ou des institutions judiciaires européennes. Par ailleurs, l’intense compétition qui règne dans le secteur de la high-tech oblige souvent les fabricants à faire l’impasse sur les risques écologiques. D’autant plus que ce secteur de la high-tech a longtemps été épargné par les critiques des écologistes. Pourtant, ces derniers semblent désormais résolus à donner l’alerte.
Ce que l’on considérait auparavant comme une industrie ”propre” est en réalité l’une des plus grandes consommatrices de produits chimiques, à un niveau jamais atteint par le passé Aujourd’hui, les tout premiers “ cadavres ” de la génération Internet commencent à se multiplier dans nos poubelles. On ne sait déjà plus quoi faire des déchets informatiques.
Ecran, clavier et composants informatiques contiennent des plastiques toxiques et des métaux lourds très polluants tels que le plomb, le mercure, le cadium, le palladium et bien d’autres encore. En l’absence de statistiques définitives sur la question, le ministère des Postes et Télécommunications évalue à quelque 2000, le nombre de cybercafés en fonctionnement à Douala, Yaoundé, Buéa et Bafoussam, pour une moyenne journalière de fréquentation de 150 000 internautes. Outre les cybercafés, l’ordinateur est présent dans tous les services, y compris les moindres tels les bureautiques et autres cabines téléphoniques.
Côté mobiles, le nombre d’abonnés s’évalue à 2,5 millions chez Orange, quelque 3,5millions chez Mtn et plus ou moins un million chez Camtel (City phone). L’intérêt de ces statistiques est de montrer que le problème des déchets informatiques est en pleine expansion. D’après des experts, ces déchets sont particulièrement dangereux de par la toxicité des différents éléments. Un vieil ordinateur, par exemple, pèse environ 32 kg et contient, selon Ban (Basel Action Network, ONG basée à Seattle), du plomb - 1.725 kg, mercure, arsenic, chrome, cobalt, béryllium, cadmium, ... - 50 g par élément. Du plastique - 6.35 kg, or, argent, platine, ... 40 g par élément
Risques pour la santé L’exposition prolongée au plomb résulte habituellement d’un empoisonnement pouvant entraîner la mort dans le pire des cas. Cadmium, mercure, béryllium, arsenic, sont des matières cancérigènes ou au moins intoxicantes. Le béryllium, par exemple, peut provoquer la bérylliose, maladie pulmonaire incurable. Actuellement 0% de tous ces produits toxiques n’est récupéré. En revanche, 95 à 98% de l’or, de l’argent et du platine contenus dans un ordinateur sont récupérés en Chine, en Inde et au Pakistan en majorité, dans de très mauvaises conditions de travail, où les ouvriers sont en contact avec tous les éléments toxiques lors du démontage des vieux ordinateurs.
En 1989, de nombreux pays de par le monde tentent de mettre en place une convention interdisant le trafic des déchets toxiques. Elle n’aboutit qu’à une convention obligeant la surveillance des transferts de déchets. Elle est signée en 1992 par 150 pays (dont les USA ne font pas partie) : c’est la convention de Bâle (Suisse).
Au Cameroun, la loi N° 96/12 du 5 août 1996 portant loi cadre relative à la gestion de l’environnement dans le chapitre I article alinéa (j) entend par “élimination des déchets” : l’ensemble des opérations comprenant la collecte, le transport le stockage et le traitement nécessaires à la récupération des matériaux utiles ou de l’énergie, à leur recyclage, ou tout rejet sur les endroits appropriés de tout autre produit dans des conditions à éviter les nuisances et la dégradation de l’environnement.
Toutefois, nulle part, la loi de 96 ne spécifie le type de pollution lié aux déchets informatiques. Que ce soit dans le chapitre III consacré à la protection des milieux récepteurs ou de ceux relatifs à la protection des eaux continentales des plaines d’inondation, de la protection des sols ou des sous-sols. Actuellement, 90% du matériel électronique et des substances que contiennent ces déchets sont enfouis en décharge ou incinérés sans aucun retraitement préalable. Malheureusement, le recyclage informatique propre reste embryonnaire, semble-t-il, par manque d’information. Il serait grand temps de s’en préoccuper, car, si l’informatique a de l’avenir, la pollution semble en avoir d’autant plus.
Source: Nouvelle Expression _________________ Infos: Si vous ne trouvez pas votre demande sur le forum,voir le site ! http://www.repertoireong.org