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en finir avec le développement

 
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MessagePosté le: 14/09/2011 12:29:54    Sujet du message: en finir avec le développement Répondre en citant

Pour en finir avec le développement - Par Thierry Verhelst
par Ndack Kane, mardi 13 septembre 2011, 13:09

J'ai longtemps travaillé dans le monde des organisations non gouvernementales (ONG). Un poste d'observation extrêmement intéressant. Mais rapidement, j'ai été alerté par l'échec d'un certain nombre de projets. Les pays du Sud, que l'on appelait le Tiers Monde, n'évoluaient pas vraiment vers le développement. Ils mimaient plutôt l'Occident, souvent avec une régression sociale et peu d'avancées spectaculaires sur le plan de la prise de conscience politique. Il manquait quelque chose dans nos analyses et nos stratégies.



J'étais mal à l'aise. Et je m'interrogeais - je n'étais pas le seul. Pourquoi donc la culture était-elle oubliée dans le développement ? Elle semblait accessoire et secondaire. A droite comme à gauche. La droite estimait que seules comptaient la technologie et l'ouverture des marchés ; la culture ne méritait pas que l'on s'en préoccupât. La gauche partageait avec Marx une très grande pauvreté sur le plan de l'analyse culturelle - la vulgate marxiste disait en substance : « Faisons la révolution, la culture évoluera ensuite dans un sens intéressant. »



Un homme a alors compté dans ma prise de conscience : Paulo Freire. Il a génialement démontré que « la culture du silence » était un obstacle majeur au développement. Pour remédier à cet état d'asphyxie de la créativité populaire, de la société civile, il fallait un processus de conscientisation. Et pour qu'une population défavorisée prenne conscience des obstacles qui entravent son développement, il fallait imaginer une méthode d'alphabétisation révolutionnaire. Lire et écrire non seulement un texte, mais aussi une histoire qui vous est propre ; ne plus être le sujet soumis de l'histoire du dominant... C'est ce qu'une grande figure de l'altermondialisation, Aminata Traoré, exprime quand elle dit : « La conscience de notre retard est notre mauvaise conscience, le véritable ennemi intérieur qui nous aide à nous égarer. »



Développement versus dignité



La prise de conscience de l'humiliation infligée par un développement qui transformerait le « développé » en une copie conforme de l'occidental nous fait dire ceci : l'interrogation culturelle est fondamentale, il ne peut y avoir de développement sans estime de soi, sans fierté de soi, sans conscience de soi.



J'aime le mot dignité. C'est l'opposé du mépris et de la méfiance, deux mots qui ont trop souvent accompagné la coopération au développement, consciemment ou non. « Nous savons, nous avons réussi, nous sommes la référence et nous allons donner l'exemple à ces peuples retardés, ex-primitifs, ex-païens... » Il y a là une arrogance insupportable. Que reste-t-il à un peuple à qui l'on dit : « Incapable, je vais t'aider à t'en sortir » ? Alors que nous pouvons aussi apprendre d'eux ! C'est l'une des raisons pour lesquelles il faut introduire le paradigme de la réciprocité.



L'Occident est en pleine crise de civilisation, notre démocratie est très imparfaite, notre économie tourne fou, le fossé est de plus en plus profond entre le Nord et le Sud et la globalisation capitaliste est incapable de résoudre les défis du siècle à venir : la justice sociale et l'écologie. Or cette globalisation est le produit de notre culture. Il est temps d'en mesurer le caractère mortifère. Il est temps de se mettre à l'écoute de peuples qui ont des valeurs et des spiritualités à nous offrir pour nous aider à réorienter la course, à humaniser notre barbarie moderne. Il est temps de se mettre ensemble autour de la table du donner et du recevoir.



Oui, le développement est décidément un « toxic word ». II nous empêche de penser. Jean-Marc Ela racontait ceci : un expert de la capitale se rend dans un village pour parler de planification du développement. II emmène avec lui un interprète. Tout se passe bien, jusqu'au moment où l'expert utilise les termes «planification du développement ». L'interprète ne parvient pas à trouver les mots dans la langue de l'ethnie. Tout le monde s'interroge. Soudain, un vieux se lève et dit : « Je crois savoir, c'est le rêve du blanc... » Là se trouve le malentendu fondamental. Cessons de rêver pour les autres, rêvons pour nous-mêmes, n'empêchons pas les autres d'avoir un rêve qui leur soit propre. Nous sommes en panne de rêves et nous voulons imposer un vieux rêve qui n'enchante plus.



Tant que nous nous inscrivons dans le champ sémantique du développement, nous restons prisonniers d'a priori, de présupposés, de valeurs, de conceptions de l'évolution des sociétés, tous profondément occidentaux. Le développement est un euphémisme pour occidentalisation. D'ailleurs, dans de nombreuses langues, ce terme n'existe même pas. Dans certaines langues africaines, on le traduit par « pagaille » ou « chaos ».



Le meilleur signal du caractère non universel du développement, c'est son échec. Globalement, il y a plus de misère aujourd'hui qu'il y a quarante ans. Si l'on parle de la faillite du développement, il faut revanche reconnaître la créativité des populations et leur capacité à produire des solutions originales.



Pour l'observateur extérieur et pour les ONG de développement, cela implique évidemment une révision déchirante : il ne s'agit plus d'attendre que l'on nous soumette des projets qui correspondent à nos critères. Il s'agit d'être capables d'écoute, de patience et d'ouverture d'esprit pour entendre des souhaits différents que ceux que nous formons pour eux.



La culture n'est pas une cerise sur le gâteau



La culture, c'est une puissance de vie qui oriente. C'est l'humus sans quoi rien ne peut pousser. Ce n'est pas une cerise sur un gâteau. C'est l'ensemble des ressources humaines qui permettent à une population de relever les défis qui sont les siens. Ces ressources sont en partie héritées du passé, bien sûr, mais elles sont aussi le résultat d'influences extérieures et de créativité propre.



Par définition, la culture évolue. Sans cesse. Il ne s'agit donc nullement de garder une culture en l'état, nous ne sommes pas des conservateurs de musée... Une culture vivante se reconnaît à quatre caractéristiques, à quatre fonctions sociales vitales :



a.. Dans une culture vivante, on trouve l'estime de soi. Tant qu'un peuple, un individu a de l'estime pour lui-même, il est capable de se redresser, de faire face, d'inventer, de résister à ceux qui le menacent. Un individu qui a intégré un discours négatif, colonial ou raciste est incapable de se redresser. Quand les Noirs américains criaient dans les années soixante « black is beautiful », leur slogan était éminemment culturel et politique. Une affirmation de soi, dans une société raciste. C'est cela la culture.

b.. Dans une culture vivante s'ancrent les mécanismes de sélection. Pour mieux choisir entre l'utile et le néfaste dans les apports venus de l'extérieur. Une Surinamaise me disait : « La colonisation a tenté de casser ces mécanismes en disant : nous sommes civilisés, prenez ; elle a empêché les peuples de choisir. » Heureusement, ce processus de négation de soi, d'aliénation profonde à un modèle extérieur n'a généralement pas été trop loin. La plupart des peuples colonisés ont conservé une bonne mesure d'identité propre qui leur a permis de ne pas sombrer dans le mimétisme complet et le fatalisme total. Car ne plus croire en sa capacité de faire du neuf, de résister et de créer, voilà le vrai sous-développement. A l'image de ce que disait cette jeune Sénégalaise : « Ma ville est sous-développée parce qu'il n'y a pas de feu rouge. »

c.. Dans une culture vivante s'enracine la capacité de résister et d'engager des luttes sociales. C'est dans la culture que gît cette énergie qui permet à l'homme et aux peuples de se mettre debout. Pour un objectif que ce groupe aura défini selon ses valeurs et ses méthodes. Ainsi, la non-violence active de Gandhi et des siens n'est pas la copie conforme des luttes ouvrières européennes ; les luttes sociales des communautés de base au Brésil ou au Pérou sont inscrites dans leur foi en un Dieu libérateur - cette conception presque mystique de la révolution est bien étrangère à celle d'une gauche laïque occidentale.

d.. Une culture vivante est porteuse de sens. Elle donne une signification profonde à la vie, à la mort, à l'amour, à la souffrance, à ce que l'on produit, à ce que l'on consomme.

Agir là où l'on est...



Il ne s'agit pas de prêcher le statu quo ou la stagnation hostile à tout renouvellement technologique et à toute croissance économique. Mais il ne peut y avoir de croissance économique et d'utilisation adéquate et efficace de la technique que si cela a du sens pour la population concernée.



Finalement, que signifie mon discours ? Que l'invisible est plus important que le visible, le non quantifiable que le quantifiable. Cela énerve l'ingénieur et inquiète le bureaucrate qui pensent aux rapports chiffrés à rédiger. Car cela fait appel à une sensibilité autre que celle des sciences dures. Or, ce thème est important pour le XXIe siècle. On ne peut définitivement plus aborder l'économie sans la culture, les rapports de forces et la technologie. Tout est imbriqué.



Approchons donc les sociétés et les individus dans leur complexité. L'être humain est merveilleusement libre et créateur. Il reste un mystère. Et cette qualité de mystère irréductible est un formidable pied-de-nez à toute tentative moderne d'ingénierie sociale. Or le développement, c'est de l'ingénierie sociale et c'est pour cette raison qu'il échoue, Dieu merci.



Il ne s'agit pas de mettre fin à la solidarité : elle est plus vitale que jamais. Mais elle ne peut pas être à sens unique. Nous, Occidentaux, nous devons avoir l'humilité d'être aidés par le Sud. Et nous devons être conscients que la première cause de la misère dans le monde, c'est notre système économique et politique.



Nos amis du Sud nous disent : « Toi qui vis dans le ventre de la bête, agis là où tu es... » Ce n'est pas en finançant un élevage de lapins à La Paz ou un puits au Tchad que l'on va résoudre les problèmes du monde. Je ne suis pas contre ces projets ; dans certains cas, si les conditions culturelles et les rapports de forces locaux sont favorables, ils peuvent être tout à fait intéressants. Mais j'ai peur que les appels à une solidarité internationale qui se réduirait à des dons en argent ne donnent trop aisément bonne conscience au citoyen occidental. Sa responsabilité va infiniment au-delà d'un billet de mille francs « pour les pauvres ». La nécessité d'une action globale étant ainsi soulignée (et les meilleures d'entre les ONG le font), j'aimerais ajouter qu'à mon avis, il n'y a pas d'amélioration du monde possible sans transformation personnelle. C'est une loi très difficile à énoncer, mais Gandhi l'a fait magnifiquement : « Il y a une loi mystérieuse mais bien réelle qui relie la transformation des structures économiques et politiques et la transformation personnelle. »



Etre soi-même le changement qu'on veut voir dans le monde... En ce sens, le militant social et politique doit aussi être un mutant sur le plan éthique et spirituel. Sinon, bonjour les dégâts ! Il faut une mutation culturelle et spirituelle, des « révolutions minuscules », une mutation du mode de vie des riches de la planète. Dans ce monde d'abondance, il est urgent, sous peine de guerres et de catastrophes écologiques, de changer notre mode de vie vers plus de simplicité. Cette sobriété ne doit pas être confondue avec quelque chose de sombre - « sober maar niet somber », dit-on en néerlandais (« sobre mais pas sombre »). La justice sociale sur la planète ne relève pas seulement du savoir des experts, mais aussi de la mutation des consciences et des modes de vie.



Propos recueillis par Anne-Françoise Moyson



Source : Vivant univers, no 444/445, 1999/2000.



URL: http://www.fondationdiagonale.org/article.php3?id_article=107



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MessagePosté le: 29/09/2011 15:52:48    Sujet du message: en finir avec le développement Répondre en citant

BRAVO
et MERCI de cet interview qui devrait éveiller / réveiller les interrogations qui devraient être la base de tout "projet de solidarité" en général, l'humanitaire évoquant plus généralement des actions ponctuelles liées à des situations d'urgentisme en terme de conflits armés ou cataclysmes.

Et, sans fausse modestie, je me permets de vous proposer notre contact après visite de notre site : http://asso-un.fr
puisque nous passons notre temps à sensibiliser et expliquer la nécessité à ce type de réflexion.
A chaque nouveau contact (demande de stage ,bénévolat ou voyage d'immersion, ou demande de partenariat, voire adhésion à l'association un), nous mettons l'accent sur la définition des mots "développement" que nous remplaçons par "mieux-être local, "humanitaire", "équitabilité"

Encore merci de cette publication
Geneviève
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Site : http://asso-un.fr
Mail : asso.un@gmail.com
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Pour soutenir nos actions, vous pouvez adhérer et faire connaître nos formations/sensibilisations aux Voyages d'Echanges Equitables...
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MessagePosté le: 06/12/2016 04:54:34    Sujet du message: en finir avec le développement

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